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La filière française de production de dessins animés sur un nuage

11/09/2017
La filière française de production de dessins animés sur un nuage
Un tiers des projets de séries présentés au Cartoon Forum sont français. La production nationale a augmenté de 36 % en 2016 grâce à un soutien accru.

Le dessin animé français a la banane. C'est dans un contexte très favorable que s'ouvre du 11 au 14 septembre le Cartoon Forum à Toulouse. Le marché européen des séries d'animation pour la télévision présentera 83 projets, dont 28 français, à 250 investisseurs et diffuseurs d'Europe, de Chine et des Etats-Unis. L'année 2016 a été faste pour l'animation française. La production pour la télévision a augmenté de 36,1 %, à 388 heures, son plus haut niveau depuis 2006.
Et, pour cette année, le grand succès de la saison dernière, « Les Lapins crétins », redémarre sur France 3. Pour les plus jeunes, une nouveauté, la série « La Petite Ecole d'Hélène » produite par Superprod avec France Télévisions, est diffusée en exclusivité sur France 5.

Une situation qui s'explique par le renforcement du fonds de soutien à l'animation (20 millions d'euros de plus) du Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC). L'apport du CNC aux programmes d'animation a progressé de 68,6 % l'an dernier, à 59,3 millions d'euros, et couvre 23,1 % des budgets contre 19,5 % en 2015. Le crédit d'impôt pour les sociétés fabriquant en France a aussi été porté de 20 à 25 %. « Cette réforme nous fait gagner 10 % du budget : c'est énorme et ça nous permet de faire de nouveaux films », se réjouit Jean-François Tosti, gérant de TAT Productions à Toulouse. 

Ces mesures favorisent la relocalisation de la fabrication. Le « made in France » a représenté 80,6 % des dépenses d'animation françaises en 2016 contre 69,2 % il y a dix ans.  « De nombreux producteurs ont commencé à rapatrier leur production, comme Gaumont, et une dizaine de studios ont été créés en France, à Lyon, Valence, Angoulême et Paris », s'est félicitée en juin Frédérique Bredin, présidente du CNC. La réforme a permis de générer 167 millions d'euros d'activité supplémentaire. 
Entre la télévision, le cinéma et les productions étrangères fabriquées en France, les dépenses d'animation ont doublé en 2016, à 332 millions d'euros, et le nombre de producteurs est passé de 55 à 63.  « La main-d'oeuvre reste plus chère qu'en Asie, mais les producteurs maîtrisent mieux la qualité des images en France et vendent mieux à l'international », explique Stéphane Le Bars, délégué général du Syndicat des producteurs de films d'animation.

Hausse des exportations

Le « made in France » s'exporte bien grâce à la qualité de la création graphique et à la maîtrise du processus industriel, qui lui permet d'offrir un volume important d'oeuvres.  « Les investisseurs américains viennent au Cartoon Forum chercher de la créativité, plus importante en Europe que dans les majors », note Marc Vandeweyer, directeur général de l'association organisatrice Cartoon. L'exportation a augmenté de 12 % en 2016 et représente 31 % des recettes des programmes d'animation français. 

Première en Europe, l'animation française est la troisième dans le monde derrière celle des Etats-Unis et du Japon. Elle fait travailler 5.500 personnes et a gagné 1.000 emplois en dix ans, à tel point que les régions rivalisent d'aides pour attirer cette industrie de main-d'oeuvre, comme les Hautsde-France, Auvergne-RhôneAlpes et la Nouvelle-Aquitaine. Le secteur bénéficie aussi de la multiplication des chaînes jeunesse en Europe, passées de une en 1990 à près de 300 !  « Les télévisions d'Europe ont diffusé 60 % de séries européennes en 2016, contre 20 % en 1990 avant le Cartoon Forum », se félicite Marc Vandeweyer.

Dans les années 1980, les pouvoirs publics ont voulu endiguer le déferlement des séries japonaises en soutenant les productions nationales. Avec succès : en France, où la télévision a des obligations d'achat, l'animation française a représenté 50,5 % de l'offre de dessins animés en 2016, en hausse de 5,5 points sur un an, contre 30,1 % pour les séries américaines, en recul de 2,5 points. 

Laurent Marcaillou, correspondant des Echos à Toulouse
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