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Le CNES lance un fonds d'innovation dans le secteur spatial

16/05/2018
Secteur spatial : le CNES lance un fonds d'innovation

L'agence publique a choisi son partenaire financier pour monter un fonds de 85 millions d'euros destiné à aider les start-up du spatial essentiellement dans leur phase d'amorçage.

Bousculé par les techniques de miniaturisation, par la  transformation numérique et le développement du big data pour trier des données de plus en plus massives, le secteur spatial est en pleine effervescence. Outre-Atlantique, le  « new space » est devenu l'un des secteurs de prédilection du capital-risque . La France n'a ni Jeff Bezos, ni Elon Musk, mais faute de milliardaires prêts à investir des milliards pour assouvir leurs rêves spatiaux, l'Hexagone peut se prévaloir d'avoir la principale agence spatiale publique européenne, le CNES (Centre national d'études spatiales), dotée d'un budget de 2,44 milliards d'euros.

Feu vert du gouvernement

Partenaire favori de la Nasa dans les programmes d'exploration de l'univers et premier financier des grands programmes européens, le CNES n'est guère outillé face à l'envolée des start-up, qui rêvent de constellations bon marché pour délivrer des services à la carte dans des domaines aussi divers que l'agriculture raisonnée, la télémédecine, la surveillance des pipelines ou les transactions financières… L'agence publique a bien pour mission de favoriser l'innovation, mais son ADN la pousse plutôt vers les grands projets d'exploration plutôt qu'à l'accompagnement d'entreprises naissantes. Encouragé par le gouvernement, le CNES vient donc de sélectionner la société de gestion CapDécisif Management pour mettre en place un fonds de capital innovation baptisé « CosmiCapital ».

« Nous avons lancé un appel à manifestation d'intérêt pour créer un fonds de 85 millions d'euros dans lequel le CNES apportera une participation financière de moins de 10 %, mais un accompagnement technique fort », explique-t-on au siège du CNES. Depuis 2015, l'organisme public déclare avoir accompagné techniquement une soixantaine de start-up, dont une vingtaine seulement ont ensuite réussi à lever des fonds pour quelque 15 millions d'euros. Un montant insuffisant pour réellement décoller.

Première levée de fonds avant mars 2019

D'où l'idée d'un nouveau fonds d'innovation labellisé CNES pour apporter davantage d'argent lors de la phase d'amorçage aux porteurs de projets. Le but est d'investir autant dans les infrastructures du spatial (satellites, lanceurs, réception) que dans les services proposés à partir des données transmises par satellite.

Fondée en 2001, la société de gestion CapDécisif Management espère lever une première tranche de fonds avant la fin du premier trimestre 2019. Avec un total de 83 prises de participation, CapDécisif Management a un bon bilan financier et a des références dans l'aéronautique grâce à une longue analyse menée pour l'Onera, l'organisme de recherche spécialisé dans l'aéronautique. Ancien ingénieur passé par Thales, Radial puis par une start-up de défense Aqsacom, l'associé Olivier Dubuisson déclare avoir déjà identifié une demi-douzaine d'investissements possibles.

Trois fonds en compétition en Europe

Très en retard par rapport aux Etats-Unis, où 13 milliards de dollars de fonds privés auraient atterri dans le spatial au cours des 10 dernières années, l'Europe doit rattraper le temps perdu. Le fonds britannique Seraphim Space Fund a été le premier à se monter pour investir dans des constellations de minisatellites et des applications dérivées. En France, Hélène Huby, une ancienne d'Airbus, cherche aussi des investisseurs pour  L'espace, le nouveau terrain de jeu du capital-risque , un fonds monté avec Laetitia Garriott de Cayeux (ex-Goldman Sachs) et deux poids lourds de SpaceX : Bulent Altan, ancien patron de l'avionique du groupe d'Elon Musk, et David Giger, directeur du programme de capsules Dragon. Le Luxembourg souhaite aussi monter un fonds mi-public, mi-privé, tandis que l'Agence spatiale européenne y songe. Pour Olivier Dubuisson, il y a largement la place pour plusieurs fonds dans le spatial en Europe. Reste à en convaincre vite les investisseurs.

Anne Bauer, Les Echos
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