Création d’entreprise

Philippe Bloch : "Entreprendre, la voie royale"

27/09/2018
Entreprendre, la voie royale
Entrepreneur, business angel et auteur de best-sellers, Philippe Bloch sort jeudi 27 septembre 2018 le livre « Start-up Academy ». Il fait le point sur l'écosystème entrepreneurial français et expose les leçons que toute entreprise peut tirer des start-up.

ll fait le point sur l'écosystème entrepreneurial français et expose les leçons que toute entreprise peut tirer des start-up.

Quel regard portez-vous sur l'écosystème entrepreneurial français ?
L'entrepreneuriat est une chance pour la France. Depuis dix à quinze ans, il y a une montée en puissance de l'esprit entrepreneurial. Entreprendre est devenu  la voie royale pour les étudiants des écoles de commerce et d'ingénieurs. La France a toutes les cartes en main : la créativité, la capacité technologique et le réseau. Nous n'avons plus à rougir par rapport aux Etats-Unis, même si notre marché est plus petit. L'entrepreneur est aujourd'hui admiré de tous. Les erreurs et les échecs sont acceptés et les entrepreneurs qui échouent en ressortent plus forts. C'est même devenu une valeur ajoutée sur le CVet c'est pour cela que les jeunes se lancent autant dans l'entrepreneuriat.

Comment expliquez-vous cette évolution ?
Ce changement a été permis par des icônes, des Français qui ont marqué les esprits des entrepreneurs.  Xavier Niel a notamment beaucoup aidé la planète entrepreneuriale française. S'il n'avait pas rendu l'accès au réseau peu onéreux, il n'y aurait pas eu autant de start-up. Il est le fer de lance de cette évolution. Cela a donné envie et a libéré les talents.

Pensez-vous que les start-up françaises manquent d'ambition ?
Oui, et il me paraît difficile que cela change.  L'Europe n'est pas en train de devenir un marché facile d'accès, au contraire. Il y a le problème de la langue, le français n'étant pas une langue universelle. Et traduire son site en anglais ne suffit pas pour s'implanter dans un nouveau pays ! Le marché français est quant à lui restreint et il existe peu de leaders mondiaux français. Pour augmenter l'ambition des start-up françaises, il faudrait l'émergence de vrais succès, des exemples dont nous serions fiers.

Quelle est la place des grands groupes dans ce nouvel écosystème ?
Les grands groupes sont très figés, pleins de pesanteur : il faut demander la permission pour tout et tout le temps. C'est l'exact opposé de la modernité. Selon une étude Wisembly/Ifop, chaque année, un cadre moyen français passerait en moyenne 24 jours en réunion ! Les jeunes ne voudront plus aller dans les grandes entreprises si elles ne changent pas. Elles n'auront plus que les mauvaises recrues qui répliqueront les recettes du passé. Ces nouvelles générations vont les pousser à changer.  L'intrapreneuriatest la solution : il faut positionner les personnes dans un contexte qui les aide à s'épanouir. Rien n'est plus efficace pour susciter l'engagement et l'esprit d'entreprise que d'offrir un environnement où chacun ressent que tout est possible. Cela suppose la réduction des niveaux hiérarchiques, mais surtout la liberté donnée de « faire » sans demander la permission. Passer de la contrainte à l'envie et de la sanction  à la reconnaissance en réapprenant notamment à dire merci et bravo.

Certains grands groupes sont déjà en train de muter ?
Le spécialiste du conseil en numérique OnePoint a repensé en profondeur son organisation. L'entreprise a supprimé la notion de service ou d'équipe pour permettre la création de communautés, gérées par un manager mais qui n'a pas d'emprise hiérarchique. Chaque salarié peut être affecté à un projet ou à une communauté selon ses compétences. Cet environnement pousse à la créativité et à l'indépendance. Je ne suis pas certain que ces nouveaux modes d'organisation fonctionneront, mais il faut essayer !

Quel message faites-vous passer à travers ce livre ?
Je veux faire comprendre que toutes les entreprises sont mortelles et qu'il faut évoluer et changer lorsqu'elles se portent bien. Toutes les entreprises − start-up ou grands groupes − doivent être obsédées  par la data et le client. Il faut qu'elles créent un environnement dans lequel le talent peut s'épanouir en toute liberté, sans aucune crainte de l'échec.

Propos recueillis par Laetitia Lienhard, Les Echos
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