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Des PME à la conquête de la planète

Des PME à la conquête de l'international
Les dirigeants des entreprises de croissance prouvent que leur rêve de grandir peut devenir réalité. A condition d'y croire et de respecter certaines règles.

Longtemps, les dirigeants de PME françaises ont souffert du syndrome de Peter Pan. Installés dans une zone de confort dont ils avaient du mal à sortir, ils étaient à la tête d'une entreprise florissante, mais immobile. Ils s'accommodaient de leur petite taille et de leur faible croissance et n'aspiraient pas à grandir, persuadés que les phénomènes de franchissement de seuil dans notre pays leur apporteraient plus d'ennuis que de satisfactions. Pour tout dire, ils manquaient singulièrement d'ambition.

Cette situation contrastait violemment avec le volontarisme des patrons britanniques ou allemands et expliquait en partie le décalage observé avec nos voisins sur le nombre d'entreprises de taille intermédiaire. Les fameuses ETI. La France comptait en 2013, selon l'Insee, 3,75 millions d'entreprises, dont seulement 5.300 ETI, pour 138.000 PME et 3,61 millions de microentreprises, représentant 96 % du total.

« Un quart seulement des chefs d'entreprise interrogés affirment ne percevoir aucune limite à la croissance de leur entreprise. »

Dans son enquête « Freins et leviers à la croissance d'entreprise » réalisée en 2017, Réseau Entreprendre note qu'un quart seulement des chefs d'entreprise interrogés affirment ne percevoir aucune limite à la croissance de leur entreprise, quand 52 % considèrent au contraire que leur entreprise serait en péril au-delà d'un certain horizon.

Voir plus grand

Cette époque est-elle révolue ? On peut l'espérer. Les TPE et les PME tricolores sont plus nombreuses aujourd'hui à franchir les caps pour naviguer en haute mer. Celles qui s'aventurent vers le grand large montrent l'exemple.

Leur recette pour grandir repose sur la formule de base des trois « i » : innovation, international, investissement. Trois ingrédients indispensables, mais pas suffisants. Le secret de la réussite tient surtout dans la personnalité même du dirigeant. Il est, en lui-même, « le principal facteur de croissance de son entreprise », estime Réseau Entreprendre, qui note que les entrepreneurs ayant une perception « décomplexée » de la croissance engendrent effectivement les taux de croissance les plus élevés. Conclusion : il faut rêver la croissance pour qu'elle se réalise, et pour cela, il faut aider les dirigeants d'entreprise à voir plus grand. Trois conseils essentiels :

Savoir s'entourer

Savoir s'entourer en mettant sur pied le plus en amont possible un comité stratégique (instance consultative de réflexion partagée) pour instaurer un vrai débat dans la construction des grandes décisions de l'entreprise.

Ouvrir son capital

Ne pas hésiter à ouvrir son capital alors que le manque de fonds propres constitue toujours une entrave pour les PME qui veulent aller de l'avant. Une décision qui se heurte souvent à la crainte du dirigeant de perdre le contrôle. De ce fait, les levées de fonds sont jugées moins prioritaires que la transformation digitale de l'entreprise, et seulement 38 % des dirigeants d'entreprise en croissance se disent prêts à accueillir un investisseur à leur conseil d'administration.

Apprendre à déléguer

Le dirigeant d'une entreprise de croissance jusqu'alors focalisé sur le management de sa société va devoir se consacrer à la construction d'un écosystème pertinent. A charge pour le comité exécutif d'aligner le commercial, le marketing ou les ressources humaines sur la stratégie définie par le conseil d'administration.

« Si tous ces préceptes sont respectés, l'entreprise gagnera en agilité et en réactivité. »

Si tous ces préceptes sont respectés, l'entreprise gagnera en agilité et en réactivité pour se mettre « en capacité de décider et agir dans un monde devenu chaotique, volatil, fragmenté, interconnecté, bouleversé par des tendances de fond, notamment technologiques », écrit Matthieu Pélissié du Rausas dans son dernier ouvrage, « Agile et stratège ».

Cet ancien senior partner de McKinsey & Company, consultant international (cabinet Second Opinion) expert en stratégie et en organisation, estime que toutes les PME qui veulent grandir, ou à tout le moins ne pas disparaître, quelle que soit leur taille, doivent « être à la fois capables d'anticiper le long terme avec sagacité » et de s'adapter à court terme en s'appuyant sur les tendances de fond. Des entreprises confrontées aux turbulences géopolitiques, économiques, technologiques du monde, contraintes désormais de s'organiser de façon très flexible pour ajuster constamment leurs activités et réallouer très vite leurs ressources afin de prospérer.

Philippe Flamand, Les Echos

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