Conjoncture

Black Friday: doit-on être pour ou contre?

23/11/2018
Black Friday pour ou contre
Débarquée des Etats-Unis il y a quelques années, cette journée de promotions est la plus grosse pourvoyeuse de chiffre d'affaires des cybercommerçants. Une contre-offensive « responsable » s'organise.

Résister à la vague ? Black Friday et Cyber Monday, qui se tiendront, cette année, respectivement les 23 et 26 novembre, font « partie intégrante de la préparation des fêtes de fin d'année » pour les consommateurs, indique  la Fédération e-commerce et vente à distance (Fevad). « Le phénomène est récent, explique Marc Lolivier, le délégué général de l'organisation, mais il est monté en puissance et a pris une dimension nationale qui dépasse les seuls sites d'e-commerce ». Ces derniers avaient, à l'origine, dupliqué le Cyber Monday venu des Etats-Unis, comme le Black Friday il y a trois ans. « Ces opérations constituent désormais les plus grosses journées de l'année pour les e-commerçants, précise Marc Olivier. Chacune d'entre elles représente trois fois le chiffre d'affaires quotidien moyen. »

1,6 milliard d'euros de ventes attendu

L'année dernière en France, plus de six cyberacheteurs sur dix en avaient profité pour réaliser une partie, ou la totalité, de leurs achats de Noël. Cette année, ces « opportunistes » seront toujours nombreux (plus de 80 %) et un quart d'entre eux prévoit même d'augmenter leur budget pour l'occasion. Toute à l'optimisme de ses adhérents, la Fevad, mise cette année sur un chiffre d'affaires de 1,6 milliard d'euros, réalisé entre vendredi et lundi.

Les serveurs seront sous tension. Au demeurant, une autre enquête (Idealo.fr) indique qu'un Français sur deux déclare ne pas faire d'achat ce jour-là. D'autant que cette année, les avertissements fleurissent pour mettre en garde les consommateurs sur les faux sites et, plus encore, sur les fausses promotions. Sur internet, mais aussi en magasin, elles oscillent entre 30 à 70 %. Difficile de les apprécier : le prix barré, auparavant calculé sur celui pratiqué au cours des trente derniers jours et qui s'appliquait en période de soldes, ne fait plus référence.

La Camif ferme son site

Quelques rares marques et sites d'e-commerce ont décidé de prendre le contre-pied de cette grand-messe de l'hyper-consommation et de revendiquer à l'occasion leur positionnement responsable. Depuis l'année dernière, le réseau d'entreprises d'insertion Envie organise ainsi un Green Friday. L'opération appelle toutes les entreprises et associations dont les valeurs sociales et environnementales s'inscrivent dans une démarche de consommation responsable à remettre en cause le Black Friday.

En pratique, les entreprises y participant ne proposeront pas de réductions à leurs clients vendredi et elles s'engagent à reverser 15 % de leur chiffre d'affaires de la journée au profit, notamment, d'une association qui lutte contre l'obsolescence programmée. Derniers ralliements en date : la marque de vêtements Jules et Jenn, Altermundi et Nature & Découvertes.

La Camif a, elle, décidé de fermer son site ce jour-là et d'ouvrir son siège social pour  sensibiliser les consommateurs à la cause de la durabilité . Impensable pour Emery Jacquillat, le patron de l'entreprise de participer au « Black Friday ». C'est « un geste de refus destiné à éveiller les consciences », explique-t-il dans un communiqué, en pointant les 88 % d'acheteurs de smartphone, ce jour-là, qui en possèdent déjà un et qui ignorent probablement qu'« il faut exploiter 200 kg de terres pour extraire les minerais rares nécessaires à la fabrication d'un tel produit ».

Valérie Landrieu, Les Echos
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