Création d’entreprise

De grand patron à entrepreneur

23/08/2018
Guillaume Poitrinal, entrepreneur
Portrait : changer de métier. A 45 ans, Guillaume Poitrinal a quitté la présidence du directoire d'Unibail-Rodamco et son statut de plus jeune patron du CAC 40 pour se lancer dans un projet entrepreneurial.

« Etre patron de la même entreprise pendant vingt-cinq ans n'était pas le modèle que j'avais en tête ». Guillaume Poitrinal fait sensation, lorsque, début 2013, il annonce son départ d'Unibail-Rodamco en pleine croissance. Il n'a alors que 45 ans, est le plus jeune patron du CAC 40 mais prépare sa sortie depuis déjà deux ans. « J'ai commencé à programmer mon départ lorsque j'ai recruté Christophe Cuvillier, indique-t-il. Je lui ai dit que la trajectoire naturelle du chief operating officer était de me succéder. Comme il avait cinq ans de plus que moi, je pense qu'à ce moment-là, il ne m'a pas vraiment cru. Mais je savais que je l'avais choisi dans cet objectif ».

Préparer sa succession : le vrai leadership

Léon Bressler, pilier de la foncière d'immobilier commercial, avait été prévenu lorsqu'il lui avait confié les commandes : « je veux bien vous rendre service pour tenir la maison mais je ne ferai qu'un mandat », lui avait dit Guillaume Poitrinal, son numéro deux alors âgé de 37 ans. La crise financière l'a contraint à jouer les prolongations, mais l'occasion a fini par se présenter. « L'entreprise allait bien. Mon successeur était en place. J'avais construit une équipe forte, avec des directeurs exceptionnels, qui pouvait fonctionner sans moi. Et il y avait un gros réservoir de projets. Je pouvais partir tranquille avec l'idée de la mission accomplie », livre celui pour qui « le vrai leadership, c'est de préparer sa succession ».

Bas carbone

Peu sensible au « confort du métier de grand patron », avec statut et voiture avec chauffeur, il est passé avec allégresse au scooter et à un quasi-anonymat. Il a surtout rejoint la cohorte de ces entrepreneurs qui faisaient son admiration. Son épouse, Sophie Desmazières, est alors déjà passée à l'acte. Elle a racheté une entreprise de construction tous corps d'état. C'est Woodeum que Guillaume Poitrinal va, avec son associé Philippe Zivkovic, l'ancien président du conseil de surveillance de BNP Paribas Real Estate, transformer en entreprise de promotion immobilière bas carbone.

Réfléchissant à sa nouvelle vie, il s'était intéressé de près aux matériaux bio sourcés. « On commençait à parler de la COP21, de réchauffement climatique, et de bilan carbone. Je m'étais  dit que le bâtiment et la promotion immobilière ne faisaient pas grand-chose », explique-t-il. Ses débuts comme entrepreneur ? « Tout seul sur un plateau, devant un agenda vide », se rappelle-t-il. « L'une des particularités du grand patron est qu'il n'a pas la maîtrise de son emploi du temps : son agenda est complet et rempli à 80 % par d'autres personnes que lui. D'un coup, c'était à moi de le remplir. D'ailleurs, par peur du vide, j'ai peut-être accepté un peu trop de choses », concède-t-il. Au demeurant, la priorité, la première année, est d'aller au contact des ingénieurs spécialisés, des charpentiers français et des bailleurs sociaux qui se sont laissés convaincre par le bois. « Je n'avais jamais remplacé les matériaux de gros oeuvre par du bois ; le seul que j'avais pratiqué était du bois de parement (celui que l'on met sur des murs en béton - NDLR). Je me suis donc formé ».

Un fonds d'investissement

L'idée de départ n'était pas de créer une grosse entreprise. Mais l'empreinte carbone est en vogue ; elle a même été ajoutée dans la loi Elan, et deviendra obligatoire à partir de 2020 pour les nouveaux bâtiments. Avec sa nouvelle manière de construire plus écologique et ses promesses de bilan carbone inversé, Woodeum voit les projets s'accumuler. « J'ai l'impression de participer à un grand bond en avant dans l'industrie de la promotion immobilière », se réjouit le dirigeant.

Parti sans fonds propres, ce dernier a créé un fonds d'investissement pour accompagner ses projets. Aujourd'hui, sa société de gestion Icamap, dédiée à l'investissement dans des foncières européennes, s'apprête à travailler avec Woodeum sur un projet consacré à la promotion immobilière bas carbone, pour les bureaux en Ile-de-France. « C'est assez pointu. Mais il y a beaucoup de demande, glisse Guillaume Poitrinal. Et on nous réclame à La Défense ».

Les 2 conseils à retenir :
1. Changer de vie n'est pas facile. Mieux vaut le faire dans les métiers et les secteurs que l'on connaît.
2. Ne craignez pas le vide. Prenez un peu de temps, reposez-vous. L'agenda finit par se remplir.
Valérie Landrieu, Les Echos
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