Financement

Quand les entreprises familiales entrent en Bourse

13/07/2017
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Les entreprises familiales n'ont plus peur de se tourner vers les marchés. En effet, c'est un moyen pour elles de lever les fonds nécessaires à leur croissance.

Parot, Abéo, Prodways, Poulaillon, DTB, etc. Les exemples ne manquent pas, actuellement, d'entreprises familiales qui font leur entrée sur les marchés financiers.

On est loin des clichés historiques sur la frilosité de ces entreprises qui ne souhaitaient ni ouvrir leur capital, ni se faire remarquer. Euronext revendique aujourd'hui plus de 200 entreprises familiales cotées, représentant une capitalisation boursière totale de quelque 850 milliards d'euros et, selon une étude de KPMG (*), un tiers des sociétés du classement S & P 500 seraient familiales.

Levier d'accélération

« De nombreux dirigeants d'entreprises familiales, depuis Toupargel jusqu'à Poulaillon, témoignent aujourd'hui du fait que leur introduction en Bourse leur a permis de réaliser leurs ambitions de croissance : en ouvrant son capital de façon raisonnable, l'entreprise peut obtenir les moyens de son développement, sans s'aloudir en dette auprès d'une banque ou d'un fonds. Une introduction en Bourse peut aussi permettre de cristalliser une partie de la plus-value de l'ancienne génération, dans une logique de cession ou de transmission », explique Christophe Saubiez, associé chez Deloitte France.

« Dans un monde où il faut réagir de plus en plus vite, la cotation donne une vraie souplesse. C'est un formidable moyen d'accélération », explique Raphaël Gorgé, CEO (directeur général) de Prodways Group qui a levé 66 millions d'euros sur Euronext en mai dernier.

De fait, l'arrivée aux manettes d'une nouvelle génération a changé la donne. « Notre principale volonté est de développer l'entreprise et de la contrôler, mais pas de la détenir à 100 % », explique Alexandre Parot, dirigeant de l'entreprise de distribution automobile qui porte son nom.

Représentant de la deuxième génération, il a levé 6 millions d'euros en octobre dernier en ouvrant au marché 18 % d'un capital qu'il détenait jusque-là à 100 % avec sa soeur. L'argument du secret ? Il ne tient plus la route. « Ce n'est pas la tendance pour les entreprises de demain : on doit s'habituer à plus de transparence, vis-à-vis des financiers, mais aussi des collaborateurs ou des clients », juge Raphaël Gorgé.

« Après un long moment de défiance, d'autofinancement ou de financement par des moyens traditionnels, les entreprises familiales repensent à la Bourse pour une introduction ou une émission de dette. On sent que les nouvelles générations sont plus formées, plus sensibilisées. Mais il ne faut pas aller vers la Bourse à reculons : si on fait le choix des marchés, il faut accepter la transparence que cela implique et assurer la vie du titre. C'est une décision très structurante », explique Jean-Pierre Valensi, associé Capital Market chez KPMG.

Côté investisseurs ? « L'accueil est plutôt bon : le mode de gestion des dirigeants familiaux est rassurant. Les entreprises familiales ont souvent une histoire à raconter et une vision à long terme qui séduit. Enfin, on peut considérer les entreprises familiales comme des valeurs "refuges", en mesure de passer les crises », juge Jean-Pierre Valensi.

De leur côté, les sociétés de Bourse ne ménagent pas leurs efforts. Euronext a, par exemple, créé un indice des sociétés familiales cotées et tente de garantir leur suivi par les analystes.

Enfin, le marché a aussi mis en place un « programme d'accompagnement gratuit, sur un an, pour expliquer aux dirigeants familiaux les intérêts de la Bourse - introduction ou levée de financements -, au travers d'un coaching individualisé », expliquent Christophe Saubiez et Hélène De Bie chez Deloitte, partenaire de ce programme avec notamment l'Ifa, JeantetFamily, Oddo ou KPMG. Former et informer, pour que la Bourse ne fasse plus peur.

* « La Croissance cachée des entreprises familiales, l'humilité au service de la réussite ». Novembre 2016. KPMG.
 

Cécile Desjardins, Les Echos