Création d’entreprise

L'échec, difficile à gérer pour les créateurs de start-up

20/06/2018
Créateurs de statup
Un quart des start-up qui se créent en France ne dépassent pas le premier exercice. Retenter l'aventure n'est pas si facile.

Les startuppeurs aussi connaissent les défaillances. A côté des success stories tricolores, une autre réalité moins brillante se dessine : selon French Web, 25 % des jeunes pousses qui se créent ne dépassent pas le premier exercice, 36 % échouent au bout de deux ans, et 44 % au bout de trois. Or ces créateurs se retrouvent du jour au lendemain sans filet financier. C'est pour cette raison que l'association Second Souffle et la CCI des Hauts-de-France ont choisi Euratechnologies, à Lille, cluster régional des entreprises du numérique, et un des plus gros incubateurs de l'Hexagone, pour organiser le 28 juin la 3e édition de « 24H pour rebondir » destiné au rebond des dirigeants.

Eric Feldmann, président du tribunal de commerce de Lille, a constaté une hausse, depuis deux ans, des mises en cessation de paiement pour les start-up : une petite dizaine l'année dernière et déjà trois ou quatre cette année. « Et c'est sans compter celles qui ont été mises en sauvegarde ou ont pu repartir grâce au fonds régional de secours », précise-t-il.

Course aux levées de fonds

L'histoire est souvent la même. L'idée vient d'un créateur bardé de diplômes, mais ensuite l'entreprise pêche côté finance. Mal structurée, elle manque de fonds de roulement. Et une fois que l'aventure a démarré, elle ne trouve pas les fonds d'investissement pour continuer. « Il y a beaucoup d'argent en France, beaucoup de fonds, mais ces petites sociétés ne trouvent pas celui qui leur convient », explique Eric Feldmann.

Philippe Danckaert, créateur en 2014, à Tourcoing, de la marque « Wear is my boat », des vêtements techniques pour lutter contre le mal de mer, ne dit pas autre chose : « nous n'étions pas préparés à la course aux levées de fonds et n'avons jamais trouvé à qui nous adosser ». Les produits plaisent. Mais en panne de cash pour lancer une nouvelle collection l'année dernière, il a préféré jeter l'éponge pour reprendre son métier de consultant en grande distribution.

Pression continuelle

A l'inverse, si Giroptic avait trouvé l'argent pour sa caméra à 360 degrés, son produit n'a jamais trouvé son marché. Créée en 2008, la pépite d'Euratechnologies, vedette du CES de Las Vegas en janvier 2017, qui aura réussi à lever au total 14 millions de dollars, a été mise en liquidation en mars dernier. La société employait déjà quarante personnes, mais se trouvait toujours en mode start-up, son business modèle n'étant pas stabilisé.

Rebondir ? A 38 ans, Richard Ollier, son fondateur, n'y pense pas encore, et dit « prendre le temps de vivre » après dix ans de pression continuelle. En attendant, il aide des amis entrepreneurs à trouver leurs fonds, tout en vivant sur ses économies et sur les petits revenus d'une petite activité annexe dans laquelle il avait pris des parts. Il n'avait, comme tant d'autres, pris aucune assurance-chômage

Bim met la clé sous la porte
Huit mois après avoir levé 2,5 millions d'euros, Bim cesse son activité. La start-up avait conçu une appli dédiée aux accros à la gastronomie, qui lui permettait notamment de réserver les tables les plus prisées et de payer l'addition. Elle avait noué un partenariat avec Facebook et Instagram pour personnaliser le parcours de ses utilisateurs, et avait ajouté une solution B to B à son activité pour déployer ses sources de revenus, mais n'a pas réussi à transformer l'essai.
Nicole Buyse, Les Echos
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