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«L'économie sociale et solidaire pousse à lire un bilan différemment»

18/02/2019
Raphaele Leroy, directrice de l'engagement BNPP
Raphaèle Leroy, la directrice de l'engagement d'entreprise de la banque de détail de BNP Paribas, explique comment l'ESS - dont l'objectif est de faciliter l'emploi - pousse l'établissement bancaire à innover et à diffuser la culture de l'impact positif tant auprès des clients que des collaborateurs.

En quoi consiste votre rôle en matière sociale et environnementale ?

Etre une banque, c'est se situer à la croisée de beaucoup de partenaires : grandes entreprises, PME, associations, clients particuliers, collectivités locales, etc. Nous jouons un rôle pivot qui nous permet de faire se rencontrer des sociétés classiques avec d'autres engagées dans l'économie sociale et solidaire. Nous nous posons en lieu de convergences, en facilitateur de connexions entre différents acteurs.

Depuis quelques années, nous organisons, par exemple, dans nos agences, les journées Parlons Coeur afin de rendre plus visibles auprès de nos clients les centaines d'associations locales que nous soutenons. Nous avons inscrit dans la durée ce mode de soutien et d'accompagnement sur le terrain. Autre forme d'engagement : nous avons mis sur pied un pilote, en Seine-Saint-Denis, qui connecte des jeunes en quête d'alternance avec des PME qui, justement, en cherchent.

Considérez-vous vraiment que, aujourd'hui, l'engagement est l'affaire de tous ?

Pour une entreprise, s'engager, c'est mettre les enjeux sociaux et environnementaux au coeur de son activité et ainsi toucher l'ensemble de ses salariés, clients et partenaires. Jusqu'à présent, vous, moi choisissions une enseigne principalement en raison de l'expérience client exceptionnelle qu'elle nous offrait. Aujourd'hui, cela ne suffit plus, nous demandons qu'elle s'implique aussi dans des enjeux environnementaux et sociaux. Cela touche tous nos clients. C'est ce que nous défendons dans notre dernière campagne de publicité : accompagner nos clients dans leurs choix qui auront aussi un impact positif sur la société.

Les modèles économiques classiques s'essoufflent et nombre d'entreprises engagées cherchent des moyens de contribuer davantage au bien commun et de trouver des solutions en ce sens avec les pouvoirs publics et les collectivités territoriales. Chacun prend conscience des inégalités criantes qui se manifestent sur le territoire où, selon les localisations, le taux de chômage des jeunes peut osciller entre 25 et 45 %. Agir pour réduire ces inégalités ou lutter contre le réchauffement climatique est une urgence de plus en plus partagée. Le manifeste d'étudiants de diverses grandes écoles en faveur d'un réveil écologique, de novembre dernier, en est un signe patent.

Quelles relations entretenez-vous avec les territoires ?

BNP Paribas possède des centres d'affaires et des agences partout, et, depuis peu, sous l'impulsion de la direction générale des réseaux, nous avons aussi des directeurs de territoires. L'ambition est de faire gagner et rayonner les territoires. Le projet banlieue, mis sur pied en 2005, consiste par exemple à soutenir la création d'entreprise dans les quartiers défavorisés grâce à l'Adie, notre partenaire depuis trente ans.
Nous travaillons aussi avec des associations de lutte contre l'échec scolaire comme l'Afev ou Proxité, avec d'autres encore qui favorisent l'accès aux études supérieures ou encore l'accès à l'emploi telles que Nos quartiers ont du talent ou Mozaïk RH.

Quelles sont vos thématiques prioritaires ?

Ce sont celles du Groupe BNP Paribas dans son ensemble : la transition énergétique et écologique, l'inclusion des jeunes, le soutien à des entrepreneurs émergents à impact positif ou bien sociaux et l'ancrage territorial. A partir de ce socle, il va s'agir d'impliquer, de diverses manières, l'ensemble des dimensions de l'entreprise. Comment trouver un moyen astucieux de renforcer les fonds propres de start-up qui oeuvrent en faveur de la transition énergétique ? Comment convaincre des clients particuliers d'accepter qu'une partie de leur épargne accompagne de petites entreprises non cotées ?
Nous disposons aussi de fonds qui accompagnent la recherche pour la lutte contre le réchauffement climatique ou qui travaillent avec la fondation Bill et Melinda Gates. enfin, nous nous sommes fixés pour objectif d'accompagner un nouvel entrepreneur social sur quatre à horizon fin 2020.

Comment faites-vous entrer vos collaborateurs et clients dans la triple « bottom line » financière, sociale et environnementale ?

Pour embarquer les collaborateurs, il nous faut modifier notre façon de penser afin, que, à leur tour, ils s'approprient les enjeux sociaux et environnementaux. Or, ils ne sont pas toujours au courant de ce qui se fait en interne comme en externe. C'est pourquoi nous nous sommes rapprochés de la start-up Artips, spécialisée en storytelling, pour renforcer, au travers de messages simples et ludiques, leur culture de l'impact positif, leur connaissance des initiatives existantes et la façon dont ils peuvent eux-mêmes s'impliquer.

En économie sociale et solidaire (ESS), il faut pouvoir penser autrement et lire un bilan différemment. L'objectif de l'ESS est de faciliter l'emploi et nous, établissement bancaire, pouvons accepter d'adapter certaines modalités en abaissant un taux de rentabilité, en allongeant une durée de crédit ou encore en ne réclamant pas de caution personnelle. Etre innovant, c'est pouvoir aussi répondre à d'autres besoins de financement. BNP Paribas structure plus de la moitié des contrats à impact social lancés en France depuis 2015, dont l'un des premiers avec l'Adie. Il y a là un changement total de paradigme, puisque le remboursement de l'investisseur est conditionné à l'atteinte des objectifs sociaux de l'Adie.

Quel type d'approche avez-vous avec les startuppeurs ou jeunes patrons de PME à impact positif ?

L'impact positif sur lequel nous travaillons depuis 2014 ne doit pas être qu'évoqué, il faut être capable de le mesurer. Nous avons lancé « Act For Impact », l'an dernier, pour accompagner la montée en puissance d'une nouvelle génération d'entrepreneurs qui créent et innovent pour résoudre des problèmes de société. Sur 3.000 start-up, une sur quatre cherche à avoir un impact positif. La tech for good est une vraie réalité.

Un exemple : Qarnot Computing. Nous soutenons cette entreprise, qui recycle la chaleur dégagée par les ordinateurs en chauffage pour immeubles. Les calculs informatiques confiés par BNP Paribas à Qarnot vont permettre de chauffer gratuitement une cinquantaine de logements sociaux à Bordeaux. Et il n'y a pas que les entrepreneurs sociaux, un nombre grandissant de jeunes dirigeants d'entreprise ont envie de jouer des rôles de business angels ou d'entrepreneurs à impact positif. L'envie de transformation positive est grande et la responsabilité sociale et environnementale fait désormais partie intégrante de la réussite sur le plan business pour nous comme pour un nombre granissant d'entreprises. La performance sociale sert la financière et c'est gagnant-gagnant pour l'ensemble de la société.

Observez-vous quelques réticences du côté de certains clients ?

Les clients font montre d'une adhésion globale à tous ces enjeux, mais le passage à l'acte est parfois difficile à concrétiser. Jouer un rôle dans la transition écologique ne se fait ni sans effort ni investissement, sachant que le ROI est lent. Mais nos entreprises clientes ont envie d'en être. Nos chargés d'affaires échangent avec des PME et les sensibilisent à l'accompagnement dans une démarche de type sociétal. Pour les grandes entreprises, nous avons lancé des « positive incentive loans ». Il s'agit de prêts qui incluent une diminution de taux dès lors que les objectifs RSE sont atteints.

Et chez vos talents ?

L'idée est que tout le monde soit aligné, car les leaders de demain doivent être des leaders responsables. C'est pourquoi nous les immergeons dans l'univers de l'économie sociale et solidaire et la micro-finance via diverses initiatives dont, en 2018, la participation à un hackhaton de talents européens. Quant aux collaborateurs dans leur ensemble, ils cherchent globalement tous à s'impliquer dans des actions solidaires. Au total, nous dénombrons aujourd'hui 175.000 heures de mécénat de compétences. L'objectif est de les porter à 1 million en 2020.

Muriel Jasor, Les Echos
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