Management

Les leçons de management de Zinédine Zidane

09/06/2018
Le management de Zidane
En quittant le Real Madrid après une éclatante victoire, Zidane montre son formidable sens du timing. Au-delà, son entraînement du club madrilène a de quoi inspirer nombre de managers français.
Un vrai coup de génie.  En quittant son poste d'entraîneur du Real Madrid juste après la victoire du club en Ligue européenne des champions, Zinédine Zidane donne  une formidable leçon de management . La leçon ne s'arrête d'ailleurs pas à cette décision surprise. Le parcours du footballeur ces dernières années constitue une mine d'exemples, dont les managers français gagneraient à s'inspirer.

Ce n'est pas totalement un hasard. Zidane est un obsédé du « compétitif ». Et il compte parmi ses proches des hommes d'entreprise, comme Franck Riboud, l'ancien patron de Danone, ou Jacques Bungert, publicitaire devenu l'un des propriétaires de la maison de couture Courrèges.

Le timing

Pour réussir, il ne suffit pas de décider. Il faut décider au bon moment. C'était le message principal de Zidane lors de la conférence de presse où il a annoncé son départ. « C'est juste une question de timing [...] A un moment donné, il faut savoir aussi s'arrêter. » Il part en pleine gloire, rouvre le champ des possibles pour la suite.

Le choix est d'autant plus judicieux que cette gloire était condamnée à être éphémère. Vue de France, la troisième victoire consécutive dans la Ligue des champions place l'entraîneur au sommet, d'autant plus que le PSG n'a jamais été capable de s'imposer dans cette compétition malgré les centaines de millions dépensés. Vue d'Espagne, c'est plutôt un lot de consolation. Dans la Liga, le championnat d'Espagne, qui fait le quotidien des grands clubs, le Real a terminé cette année à une troisième place humiliante, face à un Barça vainqueur avec... dix-sept points d'avance. Un gouffre.

Pis encore : le club s'est fait éliminer en janvier de la Coupe du Roi, le seul trophée qui manque à l'entraîneur Zidane, par un club de second rang. Et il en est largement responsable, puisqu'il avait choisi de faire jouer les remplaçants dans le match décisif. Un peu comme un chef d'entreprise qui enverrait des commerciaux novices négocier un contrat petit mais ouvrant la voie à un gros marché.

Zidane avait été sifflé par le public, critiqué dans la presse, mis en cause en privé par le président du club, l'entrepreneur de BTP Florentino Pérez. « Je ne les oublie pas, ces moments difficiles », a dit Zidane en partant. Mais en choisissant le bon moment, il les efface. Coup de maître.

La motivation

Raison première invoquée par l'entraîneur pour partir : pour progresser, l'équipe du Real a besoin d'« un discours différent, de techniques différentes ». C'est donc au nom de la motivation des joueurs que Zidane a décidé de ne pas continuer. Dans un club de foot, l'envie de réussir est un moteur essentiel. C'est le cas aussi dans beaucoup d'entreprises. Combien de patrons sont capables de faire le constat de Zidane, et d'agir en conséquence ?

Olivier Wierzba, directeur associé au BCG, en charge de l'expertise sport au bureau parisien du cabinet de conseil, explique le succès du coaching à la Zidane : « Il a géré une entreprise bourrée de talents. Il a su les aligner sur un projet commun. Il les a motivés, les a fait collaborer. » L'ancien champion du monde s'est bien sûr appuyé sur son talent personnel pour gagner le respect des joueurs. Mais il n'a pas cherché à prendre la lumière. La star, c'est l'équipe, à commencer par un Cristiano Ronaldo dont il a su se faire écouter.

L'entraîneur a constamment protégé son équipe, y compris contre les velléités du président du club de faire venir du sang neuf. En échange, il a obtenu d'elle un redressement inespéré. La leçon vaut aussi naturellement pour l'entreprise : une équipe soudée peut l'emporter sur une équipe d'individualités plus brillantes mais mal coordonnées.

L'humilité

Zidane sait évidemment qu'il est une vedette mondialement connue. Mais quand il a décidé de devenir entraîneur, il n'a pas cherché à prendre les raccourcis qu'on lui aurait facilement proposés. Décision rarissime en France : lui qui s'était arrêté à la classe de cinquième est retourné à l'école, où il a décroché un brevet d'Etat, puis un autre, puis le diplôme d'entraîneur professionnel, et suivi le cursus du Centre de droit et d'économie du sport de Limoges. A l'issue de ces apprentissages, il n'y avait pas foule pour l'embaucher. Au Real de Madrid, il commence comme adjoint, entraîne la seconde équipe. Quand il devient enfin entraîneur de l'équipe première, il passe beaucoup de temps à écouter les joueurs, à discuter avec eux, à leur donner confiance. « Bottom-up » plus que « top-down », comme on dit en entreprise.

La vision

Zidane n'est pas un Napoléon du foot. La tactique n'est pas son point fort. Mais il sait où il veut emmener l'équipe. Et il a appris à surmonter sa timidité pour le dire. « Il est très clair dans sa façon de communiquer avec les joueurs », affirme Olivier Wierzba. A partir de cette vision partagée, il devient plus facile pour un manager de faire des choix, prendre des risques. Sur un terrain de football, cela se traduit par exemple par des changements de joueurs au cours du match. Dans une entreprise, cela peut être un changement d'outil de production, l'attaque d'un nouveau marché, une nouvelle organisation du travail.

Jamais sans doute une entreprise française n'aura  une bonne image auprès de 90 % des Français, comme c'est le cas de Zidane. Mais beaucoup d'entreprises ont énormément à gagner à faire progresser leurs salariés comme Zidane a fait progresser ses joueurs.

Jean-Marc Vittori, éditorialiste, Les Echos