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Les loisirs, "terre promise" pour créateurs aventuriers

12/10/2017
Les activités de divertissement numérique
Les activités de divertissement vivent leur révolution culturelle. Le numérique transforme la distribution et crée de nouveaux médias. Ces bouleversements sont sources d’opportunités pour les entrepreneurs.

Paris, 13e arrondissement. Thuy Nguyen mène un petit groupe de visiteurs. Tout sourire, elle révèle l’emplacement de petits temples bouddhistes dissimulés et explique comment ces pâtés d’immeubles parcourus de galeries sont devenus un lieu de rassemblement de la communauté d’origine asiatique. Pour faire connaître ses talents de guide, Thuy s’est inscrite sur l’application suisse LocalBini, une plate-forme collaborative où des passionnés proposent des expériences originales à moindre prix. LocalBini fait partie des centaines de start-up qui investissent le créneau des loisirs. En France, on en trouve un peu partout dans les incubateurs et, plus spécifiquement, au Welcome City Lab, au Tremplin (accompagnement dédié au sport) ou au Provence Travel Innovation qui ouvrira des locaux à Marseille en 2018.

Retard sur Internet

« Trip Advisor estime que 20 % de l’offre de loisirs est disponible en ligne. Cela signifie que 80 % ne l’est pas encore ! » chiffre Pierre-Jeremy Gardiner, cofondateur de Rendezvouscheznous. Avec Pascale Filidier, il a créé, en 2014 à Marseille, une plate-forme qui sélectionne ses guides parmi des professionnels : des artisans d’art, des œnologues, des restaurateurs… « Le digital permet de faire ressortir de l’ombre des myriades d’offres. Mais ça n’est qu’un outil. Notre métier consiste surtout à trouver ces professionnels compétents », déclare l’entrepreneur, conscient qu’il va devoir batailler pour contrer le géant Airbnb venu sur ses plates-bandes avec son service Trips.

La révolution numérique touche également les professionnels historiques. « Quasiment toutes les entreprises de loisirs ont un site Web vitrine, mais seulement 10 % sont des sites marchands », constate Kristofer Moisan. L’entrepreneur nantais a profité de cette brèche pour créer EasyLoisirs. Sa start-up de 15 personnes conçoit une application à insérer sur les sites Internet pour gérer en direct le calendrier de réservations. « Avec le Web, les comportements des clients ont changé. 40 % des réservations sont passées en dehors des heures d’ouverture et 70 % moins de 24 heures avant le début de l’activité ! Le cœur de métier des professionnels reste le même. Mais ils doivent s’adapter à ces usages volatils. »

Le virtuel, en pleine expansion

Les technologies ouvrent aussi la voie aux loisirs numériques. Certes le cinéma reste la sortie culturelle la plus répandue (plus 39 millions de spectateurs en 2015 pour 212 millions d’entrées), il n’empêche que, l’an dernier, MK2 a ouvert, à Paris, une salle d’arcade nouvelle génération. Les yeux bandés d’un masque de réalité virtuelle, on peut y vivre de délirantes expériences… virtuelles. « En neuf mois, nous sommes largement au-dessus de nos objectifs, se félicite Elisha Karmitz, directeur général du groupe. Nous créons de nouveaux usages. Le virtuel est un loisir en pleine expansion. »

A Paris, on compte déjà trois centres de ce type. A Chambretaud, en Vendée, le Ludylab doit ouvrir ce mois-ci sous l’impulsion de quatre cofondateurs venus du « gaming ». Sur une ancienne friche industrielle, on trouvera un espace dédié à la réalité virtuelle, une halle de pilotage de drones indoor et un Fab Lab dédié au numérique. « On dénombre environ 500 véritables centres dans le monde et des expérimentations un peu partout », précise Elisha Karmitz.

Le grand air n’est pourtant pas « has been ». Selon Bertile Burel, cofondatrice de Wonderbox, les coffrets cadeaux de loisirs n’ont jamais aussi bien marché. « Les nuits insolites, le pilotage de voiture et le parachutisme se vendent toujours très bien. Nous constatons aussi un vif attrait pour le spa et suivons de près l’émergence du “fly board”. Les loisirs sont un secteur où l’innovation est permanente ! » Etonnamment pour une entreprise née du Web, ses coffrets se vendent encore à 70 % dans des magasins physiques.

 

 

Henri de Lestapis, Les Echos
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