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L’intelligence artificielle, nouveau compagnon de travail

18/05/2018
L'IA : compagnon dans le travail ?

L’intelligence artificielle est une technologie puissante, dont l’application va changer notre manière de travailler, voire nos emplois. Que permet-elle vraiment ? Comment travaillerons-nous avec elle en 2028 ? Tour d’horizon des possibles.

2028. Vous vous voyez déjà sur un transat à siroter un cocktail pendant que des robots humanoïdes travaillent pour vous ? Vous allez être déçus. L’intelligence artificielle nourrit de nombreux fantasmes, mais dans les faits cette technologie relève aujourd’hui plus des traitements statistiques de données…que de la capacité d’une machine à reproduire l’intelligence humaine, sa conscience et ses émotions !

Reste que son impact sera sans doute puissant. "Même si l’on suppose qu’en dix ans, on n’a fait aucun progrès technologique mais que l’on a simplement déployé l’intelligence artificielle dans toutes les entreprises, ce sera déjà une immense révolution", projette Sylvain Duranton, senior partner au BCG.

S’ils disposent de suffisamment de données, les algorithmes seront en mesure de faire des offres totalement personnalisées, et donc de répondre très précisément aux besoins de clients…comme de recruteurs ! Car en 2028, les ressources humaines ne travailleront sans doute plus sans IA. "Il y a de plus en plus de systèmes d'évaluation qui permettent de déceler les capacités d’une personne, sa motivation et même sa personnalité", assure David Bernard, fondateur d’AssessFirst et psychologue du travail. Pour lui, une première sélection opérée par des algorithmes permettrait aux recruteurs de voir "moins de candidats, mais plus longtemps".

Des algorithmes qui comptent le temps passé au bureau

Dans un scénario qui frise le "Black mirror", les employés d’une entreprise seraient également évalués par des algorithmes d’intelligence artificielle après avoir été recrutés. Ces derniers pourraient récupérer des données telles que le temps passé à son poste, le nombre de mails envoyés, le nombre de rendez-vous pris, etc. Les algorithmes permettraient ensuite de faire un rapport de performance à l’employé ou à son manager, ou même d’établir un classement du meilleur au moins bon collaborateur. La technologie permet déjà la réalisation de telles évaluations, mais leurs applications sont-elles souhaitables ? En 2028, ce sera peut-être le "chief ethics officer" qui le dira ! Et si ce dernier fait bien son travail, 2028 pourrait au contraire avoir des airs de "Bright Mirror".

L’intelligence artificielle permettait alors d’augmenter la productivité, en automatisant des tâches répétitives telles que le règlement de factures par exemple. Les plus optimistes perçoivent ainsi dans cette technologie l’opportunité de libérer les travailleurs des tâches ennuyeuses, et de leur permettre de se focaliser sur celles pour lesquelles ils ont une réelle valeur ajoutée. "L’humain est fait pour être créatif, et la robotisation lui redonne cet espace !" assure Eric Adrian, Général Manager de UiPath France, une plate-forme d’automatisation des processus robotisée (RPA).

Ce qui fait peu de doutes, c’est que l’intelligence artificielle aura un impact énorme sur les processus industriels. La récolte et l’analyse de données d’une usine par des algorithmes permettra, par exemple, de prévoir l'obsolescence d’une installation et d’anticiper les pannes.

L’IA pourrait en outre diminuer les risques pour les travailleurs, dans la construction par exemple : "Les outils de reconnaissance d’image peuvent sécuriser des techniciens sur un chantier en leur permettant d’identifier les dangers qui les entourent… C’est extrêmement précieux !" décrit Laurence Lafont, directrice du marketing et des opérations chez Microsoft France. Les algorithmes ont également le potentiel de nous aider à prendre des décisions. Un article de la revue "Nature" cite l’exemple du secteur médical, dans lequel une étude a montré qu’un ordinateur "pouvait diagnostiquer un cancer de la peau avec le même niveau de pertinence qu’un dermatologue qualifié, simplement en visionnant 129.000 images de peau". Sans le remplacer, l’intelligence artificielle pourrait ainsi épauler le médecin, qui verrait du temps se libérer pour l’accompagnement de ses patients.

« Un tsunami comparé à la vaguelette d’Internet »

Bien sûr, la crainte de voir disparaître des emplois à cause de cette automatisation se fait sentir… Dans une étude réalisée avec Manpower Groupe, le BCG rappelle qu’il "n’existe pas de consensus sur le scénario homme-machine du futur". Autrement dit, difficile pour le moment de savoir quels seront les métiers touchés, et dans quelle proportion. "Ce qui est nouveau, contrairement aux révolutions technologiques précédentes, c’est que des métiers très qualifiés vont être concernés", indique Salima Benhamou, chez France Stratégie. 

Selon Manuel Zacklad du CNAM, trois logiques pourraient se dessiner : la logique "substitutive" dans laquelle un emploi est totalement automatisé et donc disparaît ; la logique "rationalisante " dans laquelle le travail serait "piloté par des algorithmes" qui indiqueraient à un humain les gestes à accomplir, par exemple à travers un casque de réalité virtuelle ; et enfin la logique "capacitante", dans laquelle l’humain serait aidé et donc augmenté par l’intelligence artificielle.

D’après les experts, tous les secteurs seront touchés. Et pour Salima Benhamou, le fait qu’un emploi soit substitué ou augmenté ne sera pas uniquement déterminé par la technologie. "Si les entreprises sont dans une logique de rationalisation des coûts, il y aura inévitablement des emplois qui disparaîtront. Si l’on est dans une stratégie d’innovation, on verra naître une complémentarité humain-machine", présage-t-elle. "Cette révolution, qui est un tsunami comparé à la vaguelette que représentait l’arrivée d’Internet, forcera les directions des ressources humaines à confirmer le projet social de l’entreprise", considère Sylvain Duranton.

 

Deborah Loye, les Echos
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