Management

Qu'est-ce que le management «à la cool»?

12/05/2018
Comment manager à la cool ?
La culture start-up a infusé dans les entreprises plus traditionnelles. Le management cool est autant un outil pour le bien-être au travail que de la performance. Attention toutefois à ce que l'intention reflète la réalité !

Bureaux design, restaurants à thème, bulles de détente, salles de fitness, voire spa et centres de massage ; ambiance décontractée dans laquelle les salariés sont encouragés à s'habiller comme ils le souhaitent, à personnaliser leur station de travail et à s'exprimer librement ; travail nomade, horaires flexibles et télétravail à la demande ; activités de team-building, événements afterwork, potagers d'entreprise ou autres activités d'entreprises fun… Ces pratiques ne sont plus l'apanage de start-up technologiques. Elles inondent désormais les entreprises traditionnelles.

Ainsi, Société Générale a récemment inauguré un  technopôle très cool à Val-de-Fontenay , avec tables de ping-pong, poufs XXL et street art dans le parking. Les laboratoires Boiron, Bouygues ou Kiabi communiquent largement sur les bienfaits des  « chief happiness officers » qui veillent quotidiennement au bonheur de leurs salariés. Ces pratiques transcrivent une tendance de fond : le « cool » devient une ressource au service du management.

L'entreprise cool ne célèbre pas la figure du jeune cadre dynamique, prêt à endosser le costume que l'on a minutieusement préparé pour lui. Au contraire, les salariés sont appelés à être naturels, créatifs, authentiques, spontanés… En un mot, les salariés sont encouragés à être eux-mêmes, tout simplement.

Le management cool comprote des avantage mais génère quelques dérives, comme la difficulté à décrocher du bureau. - shutterstock.com

Le cool, outil de performances économique et sociale

Ce management à la cool peut être très bénéfique, car il peut contribuer à réconcilier performance économique et performance sociale. Avec des salariés plus motivés, moins souvent absents, plus innovants et jouant davantage la carte du collectif.

En effet, en encourageant les salariés à exprimer librement leur potentiel unique dans une ambiance bienveillante, décontractée et collaborative - plutôt qu'à être des clones formatés qui seraient engagés dans une compétition les uns contre les autres -, les entreprises peuvent gagner en agilité, en créativité, en performance sociale et donc… en compétitivité !

Ce management à la cool peut également constituer un outil de gestion des ressources humaines particulièrement efficace pour attirer et retenir les talents. C'est même un outil de marketing puissant pour des clients qui préféreront acheter les produits d'une entreprise aux pratiques qu'ils pensent conformes à leurs valeurs, à leur mode de vie et à leurs aspirations.

Les salariés apprécient l'amélioration de la qualité de vie au travail. Ils trouvent aussi dans leur entreprise un terrain d'expression personnel, et se sentent moins obligés de jouer un rôle ou de renier une partie de leur identité. Cela peut évidemment contribuer grandement à leur épanouissement professionnel… mais également personnel.

Des bureaux design contribuent à la « coolitude » du quotidien au travail. - shutterstock.com

Effacement de la frontière entre professionnel et personnel

Le management cool n'est cependant pas sans risques. Le premier est le décalage entre la « coolitude » affichée par l'entreprise et les pratiques. Dans ce cas, le « cool » devient un outil de communication externe visant à cacher la réalité d'un management interne beaucoup moins reluisant. Amazon en est devenu malgré lui l'illustration parfaite. Ses bureaux design présentent tous les attributs du « cool » - en mettant par exemple à disposition des « Amazoniens » des triporteurs à pédales pour se déplacer dans les locaux -, mais  l'entreprise a été épinglée dès 2015 pour son management extrêmement dur.

Cette culture cool peut aussi être utilisée comme un levier pour intensifier la productivité et l'engagement au travail des salariés. En jouant sur le registre personnel et des formes subtiles de chantage affectif, les salariés sont amenés à s'engager encore plus intensément : tard le soir ou le week-end pour pallier une urgence…

Ce management brouille également les frontières entre travail et loisir, et plus largement entre vie professionnelle et vie personnelle. Si la flexibilité des horaires ou le nomadisme peut paraître un plus, cela peut également se traduire par des salariés qui, finalement, ne  se déconnectent jamais. Cela peut également conduire les employés à surinvestir dans leur entreprise puisque le travail devient fun !

A l'extrême, des employés de Google ont admis n'être pas sortis du Googleplex pendant plusieurs mois, tant leur lieu de travail était cool. S'il convient de ne pas porter de jugement trop tranché sur ces situations qui relèvent aussi de l'éthique personnelle, on peut néanmoins se demander s'il est vraiment si cool que l'entreprise cannibalise ainsi tous les aspects de la vie de certains de nos contemporains.


Thibault Bardon est professeur en mangement à Audencia Business School. - © FSénard-Audencia Group

* Professeur, titulaire de la chaire Innovations managériales et responsable de la recherche en management à Audencia Business School.

 

 

 

 

 

 

 

 

Thibaut Bardon I professeur en management à Audencia*, Les Echos
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