Financement

ManoMano se voit au sommet du marché européen

12/09/2017
ManoMano lève 60 millions d'euros
La market place de bricolage-jardinage fondée en 2013 veut gagner des parts de marché dans les six pays européens où elle est présente. Elle vient de recruter l'ancienne directrice de Zalando et l'ancien DAF d'Amazon France et Casino.
Il ne faut pas s'y tromper. Si Manomano vend des articles de bricolage et de jardinage, la start-up est avant tout une entreprise tech. Ses deux fondateurs, Philippe de Chanville et Christian Raisson, anciens capital-risqueurs, ont réussi à convaincre leurs anciens pairs de les accompagner dans leur nouveau tour de table de 60 millions d'euros.
 
L'objectif ? Renforcer ses équipes de data-scientists et de développeurs, mais aussi investir dans les canaux marketing qui vont développer leur notoriété avec, en ligne de mire, l'accroissement de leurs parts de marché dans les six pays où Manomano est présent. « Nous n'avons pas encore réalisé ne serait-ce que 5 % de notre potentiel, résume Philippe de Chanville. Et nous avons enfin les moyens de travailler sereinement grâce à cette levée. » Partech Ventures, Piton Capital et bpifrance, qui avaient déjà participé au tour précédent (13 millions d'euros), suivent de nouveaux les deux entrepreneurs. Mais c'est General Atlantic, fonds américain, qui emmène cette levée.

Peu de sous-traitance

« Nous réalisons tout en interne, même notre plate-forme Web… », explique Christian Raisson. Un peu à la manière d'Amazon, qui sous-traite peu de tâches liées à l'innovation, Manomano veut poursuivre cette logique pour creuser son sillon. Un des exemples qui illustre cette volonté : un outil développé par ses équipes permet aux vendeurs tiers de référencer l'ensemble de leurs produits dans 3.000 catégories différentes en deux jours.
Pour s'inscrire chez les concurrents ou les e-commerçants généralistes, ils doivent le faire à la main, ce qui peut prendre plusieurs semaines en fonction du volume de références. « Pendant longtemps, nous comptions plus de data-scientist que de développeurs dans notre équipe, détaille Christian Raisson. Compter les meilleurs parmi nous est crucial pour créer de bons algorithmes. Et si ce que nous faisons n'est pas sexy, il est moins difficile de les convaincre lorsqu'ils regardent en détail ce que nous faisons. » C'est aussi un moyen de proposer un outil de recommandation pour les clients qui serait l'un des plus performants du secteur.

Preuve que cette approche fonctionne, le chiffre d'affaires est passé de 32 millions d'euros en 2015 à 89 millions en 2016. « En 2017, nous avons enregistré des pics à 29 millions d'euros par mois en juin et en juillet, ce qui nous permet d'envisager de poursuivre ce rythme de croissance », anticipe Philippe de Chanville.
Autre étalon, le nombre de produits référencés, qui est passé de 30.000 en 2013, lors de sa création, à 1,2 million rien que sur le premier semestre de cette année. « Il y a une massification des achats dans les réseaux physiques spécialisés, analyse le cofondateur. Ils prennent de moins en moins de références là où nous avons la possibilité de proposer l'ensemble de leur gamme, si besoin. » Ce lien tissé avec les marques du secteur leur permet aujourd'hui d'envisager certains produits en exclusivité, à l'image d'un placoplâtre du groupe Saint Gobain, qui n'a pas rencontré en revanche le succès escompté.

Tester un nouveau canal de vente

Pour les marques du secteur bricolage-jardinage, très peu porté sur la vente par Internet, Manomano est un moyen de tester ce nouveau canal de vente avec des retours précis. D'autant que l'e-commerçant partage l'ensemble de ses données avec ses clients BtoB, de manière gratuite ou payante en fonction de leur nature. C'est aussi un moyen de tester des ventes à l'international, qui représentent entre 10 et 15 % du volume d'affaires de Manomano.

Désormais présente en Allemagne, au Royaume-Uni, en Espagne, en Italie et en Belgique, la place de marché ne cherche pas forcément à ouvrir de nouveaux pays, mais plutôt à y gagner du terrain sur ses compétiteurs. Pour dérouler cette stratégie, les deux fondateurs ont convaincu deux recrues de choix : Christine de Wendel, ancienne directrice de Zalando, va prendre en charge les opérations, tandis qu'Olivier Vaury, ancien DAF d'Amazon France et Casino, se chargera des finances. De quoi assurer, encore un moment, un fort accent « tech » à son développement.

NB/ Parlons PME : ManoMano est l'un des lauréats du concours Ma Pub Ici en 2016.

Guillaume Bregeras, Les Echos
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