Création d’entreprise

« Même sans diplôme, vous pouvez monter une entreprise rentable »

25/07/2018
Paul Morlet
Un BEP en poche, Paul Morlet lance en 2010 Lulu Frenchie, un service de lunettes personnalisées. En 2014, il récidive avec Lunettes pour tous et Xavier Niel le soutient investit plusieurs millions d'euros dans ce concept simple : des lunettes prêtes en 10 minutes pour 10 euros. L'enseigne compte aujourd'hui sept boutiques.

Quelle est la genèse du concept de Lunettes Pour tous ?

La genèse c'est forcément le prix. Aujourd'hui, une paire de lunettes coûte 475 euros en moyenne ce qui représente un peu moins d'un tiers du SMIC. Certains Français étaient mal soignés. Et une autre partie de la clientèle avait les moyens mais pas assez de temps pour s'occuper de leur problèmes de vue. Nous avons donc créé  Lunettes pour tous avec une conception très rapide et un prix  low-cost .

La fabrication d'une bonne paire de lunettes nous coûte 6 euros et nous les vendons 10 euros, ce qui représente une marge relativement réduite. La clé était donc de jouer sur les volumes. Il fallait en vendre beaucoup, autour de 150 paires par jour, alors que le marché est de 3 paires par jour. Mais en 2014, avec l'investissement financier de Xavier Niel, nous avons ouvert la première boutique de Lunettes pour tous à Paris et vendu 300 paires par jour. Nous avons ensuite dupliqué le concept à travers toute la France.

Vidéo : Paul Morlet (Lunettes Pour Tous) le 13 juin 2018 au Salon des Entrepreneurs de Lyon

Pourquoi prendre le risque de lancer sa propre entreprise ? 

Je n'aime pas trop parler de risques parce que les risques dépendent d'où l'on vient. Si vous êtes  cadre supérieur dans une boite et que vous quittez tout, c'est vrai que vous prenez un risque. Personnellement, je n'avais pas fait d'études, je n'avais pas de premier emploi, le risque c'était simplement de retourner là où j'en étais. Le risque se situe surtout dans la vie personnelle parce que vous consacrez beaucoup de temps à votre entreprise mais financièrement pour moi l'enjeu était très limité. 

Quels conseils donneriez-vous à un entrepreneur qui souhaite se lancer ?

Je constate que depuis que j'ai lancé  Lulu Frenchie en 2010, l'entrepreneuriat devient un peu élitiste. Nous ne voyons quasiment que des profils diplômés de grandes écoles qui se lancent dans l'aventure. Alors je veux dire que même les personnes qui n'ont pas le baccalauréat peuvent lancer leur entreprise. Vous avez le droit d'avoir des clients, un chiffre d'affaires et d'être rentable même si vous ne possédez pas de diplôme. Alors faites-le : peu importe votre idée, allez-y et on vous suivra.

Laetitia Lienhard, Les Echos
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