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Portrait : Martin Besson, créateur de Sans A_, média solidaire

01/03/2019
Martin Besson, créateur de Sans A
Martin Besson a lancé Sans A_ à l'âge de dix-huit ans. Ce média raconte le quotidien des sans-abri et fédère une communauté d'entraide. En cinq ans, le projet s'est mué en entreprise portée par la personnalité du jeune entrepreneur jamais à court d'idées.

« J'ai déjà fait des interventions devant 300, 500 et même 3.000 personnes, je m'y suis fait. » Ce soir-là, ils ne seront qu'une petite dizaine à venir écouter Martin Besson, invité par Le Village by CA pour une conférence. Mais qu'importe le nombre, cet entrepreneur de vingt-trois ans présente son expérience avec une conviction et une assurance étonnantes pour un jeune homme de son âge.

Depuis 2013, Martin Besson porte un projet ambitieux à bout de bras : celui de raconter le quotidien des sans-abri à travers un média. Il n'aime d'ailleurs pas trop le terme, lui préférant communauté d'impact. Martin Besson a toujours une idée en tête et peut facilement changer de direction. A l'image de Sans A_, sa création, en constante évolution. A la question « Où seras-tu dans vingt ans ? », il répond « président de la République », à moitié en plaisantant. En maternelle, la réponse était déjà la même.

Poussé vers l'entrepreneuriat

Dès son plus jeune âge, il avait cette fibre entrepreneuriale, bien aidé par une famille toujours friande de nouveaux projets. « Je n'ai jamais été fait pour la scolarité », avoue d'emblée l'élève viré de son lycée pour un trafic de cigarettes électroniques. Pendant ses pauses, il prend le temps de discuter avec les SDF à côté de son école et travaille en parallèle sur Sans A_. « Quand j'y repense j'étais vraiment taré, je n'avais pas de modèle économique ou de perspectives de revenus », raconte Martin Besson.

Sa détermination reste sans faille. Il annonce à ses parents vouloir se consacrer entièrement à l'embryon d'entreprise qu'il commence à mettre au point. Les quatre petits mois passés dans une école de journalisme ne font que confirmer ses doutes. L'indépendance acquise pendant cette période lui permet aujourd'hui de mener à bien ses idées et « de construire brique après brique ».

En 2018, il opère un tournant majeur avec le lancement d'une agence de communication, destinée à financer le média. « Les opportunités se sont présentées. Si l'entrepreneuriat, c'est être esclave de sa boîte, alors ce n'est pas très intéressant. » Il reconnaît volontiers que son âge peut « être à la fois un avantage et une faiblesse ». Mais son flegme plaît, Martin Besson noue des partenariats avec des grands groupes dont BNP Paribas « très engagé » en faveur des entrepreneurs sociaux. Sans A_ produit du contenu ciblé qui se démarque « des campagnes publicitaires actuelles ». En parallèle, la partie journalistique est développée et enrichie.

Entrepreneur libre et solidaire

Depuis cinq ans, Sans A_ a touché 9 millions de personnes à travers les réseaux sociaux et publié 70 histoires. La dernière tranche de vie en date est celle de Philippe, un sans-domicile fixe autour duquel une véritable communauté s'est créée. Après lui avoir offert un dîner et une place à l'Opéra, les membres de cette communauté se démènent pour tenter d'organiser une rencontre avec Patrick Sébastien, l'une de ses idoles.

Martin Besson avait délaissé un peu le terrain pour se consacrer au développement de son entreprise . Mais très vite, il est revenu à ses premières amours. « Depuis que je m'y suis remis, je me sens mieux. J'ai fondé Sans A_ pour cette raison. » Le jeune entrepreneur souhaite déplacer le curseur sur ce qu'il appelle « les invisibles ». Grâce à ses récits, Sans A_ veut changer la vie des gens : « Une personne, une histoire, une action, un rêve. »

Martin Besson a aussi connu son lot d'imprévus et l'admet : « Si on me proposait de recommencer la même histoire, je ne sais pas si je dirais oui. » Par exemple, en 2016, l'année où il crée une société pour porter son projet, il reçoit un accord de principe pour financer la moitié de sa campagne de crowdfunding . Le généreux donateur finit par se rétracter et participer pour seulement 5.000 euros. Le total récolté s'élève à 37.000 euros au final.

Au sein de l'entreprise qui compte aujourd'hui trois autres collaborateurs, tout n'est pas toujours simple. En 2017, Martin Besson est contraint de négocier une rupture conventionnelle avec l'un de ses salariés suite à un désaccord sur la vision du projet. « C'était effrayant, l'enjeu était important. »
Mais le jeune homme apprend et avance toujours avec la même volonté. Lui qui se voit comme un entrepreneur en « électron libre », prévoit déjà une dizaine de nouveaux recrutements pour l'année 2019. Il souhaite enfin pouvoir mettre la lumière sur les femmes sans-abri et continuer à provoquer des réactions chez ses lecteurs.

Thibaut Marotte, les Echos
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