Management

Bien choisir son équipe, c'est aussi être courageux

28/02/2019
Bien choisir son équipe c'est être courageux
Les conseils de l'entrepreneur Patrick Dussossoy pour choisir ses collaborateurs les plus proches.

Existe-t-il une équipe idéale, celle qui réunit toutes les compétences pour mener au mieux un projet d'entreprise ? Des psychologues auront peut-être la réponse. Ils diraient par exemple qu'il faut un savant mélange d'expertise technique, d'intelligence créative, de capacité à résoudre des problèmes complexes, d'opportunité pour repérer les bonnes idées. Il faut un chef qui distribue les rôles, recadre, un leader, du courage…

Dans certaines grandes entreprises, où un responsable peut créer une équipe pour un projet défini, il pourra peut-être se rapprocher d'un tel idéal. De même, celui qui crée une société pourra aussi y tendre, puisqu'il aura la chance de  recruter chaque personne de l'équipe qui l'entoure . Sur cinq entreprises dirigées, je n'ai eu qu'une fois cette chance. Ce fut Tiga. Et encore, j'ai fait des erreurs ! 

La réalité est souvent loin de cet idéal dans une PME. Celui qui  reprend la direction d'une structure existante aura souvent peu de marge de manoeuvre. Il pourra au mieux modifier le profil de son équipe, en déplaçant, en licenciant et en embauchant de nouveaux collaborateurs. Mais alors, comment les choisir ?

Une petite équipe en qui vous ayez confiance

La gestion d'une entreprise est un  exercice solitaire . Il l'est d'autant plus que le patron est entouré le plus souvent d'une équipe qui s'est constituée avant son arrivée et au fil des années. Une équipe qui correspondait au responsable précédent, lequel n'a peut-être pas eu le courage d'entreprendre les changements nécessaires. Beaucoup d'équipes sont ainsi faites, sans grande cohérence. Difficiles à mobiliser autour d'un projet.

Il faut pourtant que le patron puisse se reposer sur certains collaborateurs. Partager une vision commune, être certain qu'ils travailleront dans le sens de la stratégie décidée ensemble. Qu'ils soient aptes à écouter, décider et agir, sans être principalement motivés par leur intérêt personnel. Et, comme tout responsable dispose d'un temps limité à leur consacrer, il n'est pas souhaitable de multiplier le nombre de ces contacts directs.  Six personnes reportant directement à tout responsable est un maximum à ne pas dépasser, sauf temporairement.

Il faut donc choisir. En essayant d'appréhender les forces et faiblesses de chacun, ses connaissances, ses expertises, ses capacités de leader, de relations avec les autres, le dirigeant qui reprend la direction d'une organisation s'efforcera de dessiner une structure optimale, une meilleure répartition des rôles, des responsabilités. Cela se traduira par des changements importants des attributions. Il donnera ainsi plus de pouvoir à ceux qui sont prêts à suivre le projet d'entreprise et qui s'efforceront de faire exécuter ses décisions. Il pourra se reposer sur eux lorsqu'il s'absentera.

D'autres responsables en direct viendront compléter ce team de choc. Il aura confiance en eux, mais pas au point de tout partager, de tout déléguer. Ce plan lui permettra aussi de casser la routine de ceux qui sont en place depuis longtemps.

Des collaborateurs de compétence supérieure à la vôtre

Observons en premier deux situations où vous n'avez pas eu le choix de vos collaborateurs. C'est le cas dans la plupart des entreprises dont un dirigeant reprend la direction. Il est plus que probable que certains de ses collaborateurs seront beaucoup plus compétents que lui dans la technicité du métier de l'entreprise. C'est une évidence dès le départ, puisque les métiers sont souvent nouveaux pour lui.

Dans d'autres entreprises, ce pourra être une hiérarchie qui vient imposer ce choix d'un collaborateur plus compétent. Pour certains responsables, cette situation sera un nouveau challenge. Pour les autres, la crainte d'être dépassé par meilleur que soi ou de perdre la face devant leur équipe, les confrontera à une situation inconfortable. Il est à prévoir que dans ce type de circonstances l'information circulera difficilement. Les directives seront peu claires. Les encouragements seront rares. Les résultats de l'équipe seront moyens.

Tout patron devrait être convaincu que plus il a de compétences autour de lui, plus il sera performant. Il ne devrait donc pas craindre cette situation, mais au contraire la rechercher. Inversement, il est évident qu'il ne devrait jamais choisir ses collaborateurs pour leur incompétence, pour être sûr qu'ils ne contesteront jamais son autorité. Des « yes men » comme disent les Américains.  Le dirigeant doit avoir confiance en lui-même . Son métier n'est pas de tout connaître, et il y aura forcément dans chaque fonction précise un plus compétent que lui, ne serait-ce que parce qu'il y consacre tout son temps. Parce qu'il fait des tâches que lui ne fait pas.

Ce texte est extrait de l'ouvrage « Conseils pratiques pour piloter votre PME » de Patrick Dussossoy, paru aux éditions Gereso en 2018.

 

 

 

 

Patrick Dussossoy, ancien dirigeant d'entreprise et entrepreneur, via Les Echos
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