Vie de l’entreprise

Startup : gérer le départ d'un salarié

19/04/2017
départ volontaire dans une startup
Quand on est une jeune entreprise, le départ d'un salarié peut s'avérer douloureux. Et pas seulement pour des raisons affectives. Mal géré, le départ des premiers salariés d'une entreprise, véritable mémoire vivante de l'aventure, peut provoquer une perte de compétences. Voici quelques conseils de start-uppers...

« Une rupture conventionnelle, c’est comme une rupture amoureuse », compare Erwann Rozier, cofondateur de Fly The Nest, une société qui accompagne les entreprises dans leur gestion des ressources humaines. Les raisons de quitter une boîte sont multiples, et à moins que l'entreprise ne soit à l'origine de cette séparation, le départ d'un collaborateur est souvent vécu par l'entrepreneur comme une perte. Aussi, ces départs doivent être anticipés, assumés et gérés, tout comme la phase de recrutement et d’intégration de ceux et celles qui viendront remplacer les partants.

« Il faut partir du fait que son entreprise est une école, et accepter que tout le monde n’a pas vocation à rester », poursuit Erwann Rozier. Premier conseil donc : dédramatiser et accepter les départs. « Il ne faut pas en faire un problème personnel ou le vivre comme une trahison ». Exit donc la réaction épidermique du type : « Il veut partir parce qu’il ne nous aime pas ».

Le recrutement dans les start-up ressemble parfois au mercato de foot

En phase de croissance, une start-up fait en général face à un double mouvement : beaucoup de recrutements mais aussi doit une vague de départs. La start-up Theodo, qui a multiplié son activité par 10 en quatre ans, a par exemple recruté 80 personnes en 2016 tout en gérant une quinzaine de départs. La position de l'entreprise est d'accompagner ceux qui partent, par exemple pour rejoindre un conjoint muté dans une autre ville ou à l'étranger.

Theodo aide ces personnes à trouver à trouver un job. « C’est notre responsabilité d’entreprise », affirme le cofondateur Benoit Charles-Lavauzelle. Exemple concret avec le dernier départ en date, « l’un de nos ingénieurs qui part s’installer à Shenzen. Je l’ai mis en contact avec l’un des membres de mon réseau sur place ». Et lorsqu'un salarié part pour créer sa boîte, Benoît-Charles Lavauzelle lui prodigue des conseils pour monter son business. « Ceux qui sont passés par Theodo m’ont aidé dans mon projet, il est de ma responsabilité de les aider à mon tour. »

Lorsque les départs sont volontaires ou négociés, l'un des règles d'or est de rester en bons termes avec un ancien salarié. Car cela peut générer des opportunités. « Si le départ est bien géré, l'ancien collaborateur peut ensuite est une ressource utile pour la start-up », assure Erwann Rozier. Sans oublier que ceux qui partent peuvent potentiellement revenir : « ils vont apprendre quelque chose ailleurs et reviennent encore meilleurs ». A l’image des joueurs de foot que l’on envoie pendant une saison dans d’autres clubs et que l’on reprend après.

Des départs en cascade sont signe de mauvaise ambiance

Volontaires ou non, les départs sont forcément difficiles à gérer. Et pour éviter l'effet boule de neige, il ne faut pas rester les bras croisés. L'une des priorités de l'entrepreneur est d’en comprendre les causes. C’est l’occasion par exemple de s’assurer que les conditions de travail ne se sont pas dégradées. A partir du moment où le salarié a acté son départ, il n’a plus aucune raison de ne pas parler. « Pour ma part, je suis convaincu qu’ils partent le plus souvent pour des problèmes d’ambiance ou de management et non pas d’argent », signale Erwann Rozier. En tout état de cause, l’entreprise ne doit surtout pas minimiser le départ d’un salarié.

Autre recommandation, anticiper ces départs. Multipliez les moments pour parler d’avenir et de projets de vie avec vos employés, au-delà même des entretiens annuels dont le rythme est mal adapté à la vitesse de progression d'une start-up. Abordez ces questions à bâtons rompus en tête à tête réguliers. Le but est d'anticiper les évolutions à l'intérieur de l'entreprise et de montrer que le départ n’est pas tabou.

De la bienveillance même lorsqu'il s'agit d'un licenciement

La legaltech Captain Contrat, qui a levé un million d’euros en mai dernier, a pour sa part triplé ses effectifs. « En réalité quand on passe de 10 à 30 salariés, c’est 25 personnes que l’on doit recruter », explique Maxime Wagner, cofondateur de la plateforme juridique pour les TPE et PME. Et pour lui, pas question de dire du jour au lendemain à un salarié : « ça ne va pas, il faut qu’on arrête de bosser ensemble », sans l’avoir prévenu au préalable. En chef de « tribu bienveillante », les dirigeants de Captain Contrat ont mis en place un process de départ. Le collaborateur est toujours prévenu par un warning. « C’est un moment d’échanges où la personne confie aussi sa motivation. Elle peut ainsi se préparer et nous nous donnons un mois pour rétablir les choses ensemble si elle le souhaite » justifie Maxime Wagner.

Mais une fois le process de départ engagé, c’est au salarié de décider comment il veut partir, même si les fondateurs encouragent un préavis réduit au minimum. Cependant, ils s'assurent d'une vraie passation. Et pour éviter les non-dits et les rumeurs, le départ est justifié auprès des autres collaborateurs : au manager d’expliquer ce qui n’a pas marché de manière juste et humble, et ne pas tout coller sur le dos du salarié. « On communique de manière très transparente sur les raisons du départ, en coordination avec la personne qui s’en va », insiste Maxime Wagner. Chez Theodo, le départ est toujours annoncé par la personne concernée. « Elle rédige un mail et planifie son pot de départ », explique Benoit Charles-Lavauzelle.

Dernier conseil pour les entrepreneurs, quelle que soit la cause du départ, l’entreprise a tout intérêt à se placer dans une logique de valorisation et de dresser un bilan positif du passage du salarié dans l’entreprise. C’est encore mieux s’il peut être fait en public. L’idée est de montrer de l’émotion et de l’authenticité. Et de ne pas laisser votre collaborateur partir déçu ou en conflit. « C’est le moment de rendre réelles les valeurs de son entreprise en considérant l’autre et en l’accompagnant, conclut Erwann Rozier. Car ce sont eux qui deviennent ensuite les ambassadeurs de votre entreprise. »

 

Charlotte de Saintignon, Les Echos
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