Création d’entreprise

Vincent Pacini : «Pour réussir, l'entrepreneur du futur devra fabriquer du lien»

30/11/2018
Vincent Pacini sur l'entrepreneur du futur
Exit la compétition sans bornes ! A l'avenir, les entreprises pérennes devront coopérer pour s'adapter à un monde changeant et exigeant. L'entrepreneur devra donner du sens, explique Vincent Pacini.
Vincent Pacini est enseignant-chercheur, entrepreneur et consultant, directeur associé du Gerpa, conseil en prospective tournée vers l'action.

Quels seront, selon vous, les marchés porteurs dans le futur ?

Les possibilités sont immenses. Il serait donc plus pertinent de s'intéresser non pas aux secteurs porteurs de demain, mais plutôt aux business models qui seront viables.

Le travail a changé dans nos sociétés. Alors que nous travaillions la moitié de notre temps il y a encore un siècle, cette activité n'occupe plus que 14 % de notre vie. Non seulement nous avons plus de temps libre, mais la vie a une tout autre valeur qu'au Moyen Age où nous pouvions mourir du jour au lendemain. Résultat, nous sommes de plus en plus à la  recherche de sens. C'est encore plus vrai, et on le constate, avec les jeunes générations qui arrivent sur le marché du travail. Cela ne les intéresse plus de travailler pour un salaire : elles veulent exercer un métier qui a du sens.

Les business models de demain ne devront pas seulement viser la rentabilité à court terme comme cela a été beaucoup le cas jusqu'à présent, mais aussi se concentrer sur d'autres paramètres. Ce peut être l'épanouissement de ses collaborateurs, une démarche respectueuse de l'environnement ou encore une démarche sociale. Les entreprises qui ne sauront pas mettre en place de telles exigences ne pourront plus attirer les talents et courront à leur perte.

Les entrepreneurs peuvent-ils s'y préparer dès maintenant ?

Demain, les entrepreneurs en devenir devront se montrer plus réactifs, s'adapter encore plus vite aux changements tout en apportant des solutions concrètes répondant à diverses exigences environnementales, sociales et autres. Sans compter que le développement des technologies et du digital crée une certaine ubiquité et une toute nouvelle relation à la machine. Pourtant, l'humain aura toujours besoin d'autrui puisque nous sommes des êtres sociaux et que nous ne pouvons pas vivre sans les autres.

Nous nous dirigeons donc vers l'émergence d'un nouveau profil d'entrepreneur : celui qui ne sera non pas uniquement centré sur son projet mais plutôt sur son projet qui  s'imbrique dans un écosystème . Pour le mener à bien, l'entrepreneur devra mettre son projet en relation avec les bonnes ressources, qu'elles se trouvent en interne ou dans d'autres entreprises ou organismes.
En résumé, il lui faudra fabriquer du lien et apprendre à travailler avec les autres.
Nous avons été trop loin dans l'individualisation et devons faire machine arrière pour aller vers plus de coopération. Sans toutefois bannir totalement toute émulation positive, bien entendu. Et cela s'apprend très tôt, en développant de petits projets avec des amis, par exemple, et surtout en nourrissant son goût pour l'engagement, quel qu'il soit.

Les changements que vous décrivez sont-ils déjà perceptibles ?

Il y a des chances pour que les deux visions antagonistes de la société et de l'entrepreneuriat cohabitent pendant encore un bout de temps. Nous aurons d'un côté les anciens, qui continuent de regarder l'avenir dans un rétroviseur et, de l'autre, ceux qui se projettent. Les jeunes générations sont déjà très sensibles à ces bouleversements.
Nous avons déjà fait des progrès en France pour aller dans le bon sens, mais il reste encore du chemin à parcourir.

Propos recueillis par Jennifer Matas, Les Echos
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